Le rachat d'assurance-vie
Retirer de l'argent d'un contrat n'est pas imposé sur ce qu'on retire, mais sur la part de gains que ce retrait contient. Et l'abattement de 4 600 € dont tout le monde parle ne réduit pas les prélèvements sociaux — ce que presque aucun calculateur en ligne ne dit.
Le contrat
Sa valeur totale aujourd'hui, avant le rachat.
Ce que vous y avez mis, hors gains — et non encore racheté.
Depuis sa souscription, en années révolues. Huit ans changent tout.
Le rachat
Vos primes, tous contrats confondus
Non remboursées au 31 décembre dernier. Elles consomment le seuil de 150 000 € en premier.
Tous vos contrats, pas seulement celui-ci. C'est l'erreur la plus fréquente.
Ce qui est imposé, et sur quelle base
| Rachat demandédont capital vous appartenant déjà | 20 000 |
| Capital remboursé — jamais imposé | −16 000 |
| Produits contenus dans le rachat | 4 000 |
| Prélèvements sociaux à 17,2 %sur les produits entiers, avant abattement | 688 |
| Abattement annuelimpôt sur le revenu seulement | −4 000 |
| Base imposable à l'impôt sur le revenu100 % au taux réduit de 7,5 % | 0 |
| Impôt sur le revenu | 0 |
| Total | 688 |
- Un rachat n'est pas imposé sur son montant, mais sur la seule part de produits qu'il contient, calculée au prorata des primes versées. Ici, 20 % du rachat sont des produits ; le reste est votre capital, qui vous revient sans impôt.
- L'abattement de 4 600 € ou 9 200 € ne vaut que pour l'impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux frappent les produits avant lui — c'est pourquoi un rachat « dans l'abattement », que l'on croit non imposable, coûte quand même 17,2 %.
- Le seuil de 150 000 € s'apprécie sur l'ensemble de vos contrats, primes non remboursées au 31 décembre de l'année précédente — pas sur le seul contrat racheté.
- Ce calcul ne couvre que les primes versées à compter du 27 septembre 2017. Celles d'avant relèvent de prélèvements libératoires à 35, 15 ou 7,5 % selon l'ancienneté, sur option, et ne sont pas traitées ici.
- L'option pour le barème progressif reste ouverte, et elle est globale : elle vaut alors pour tous vos revenus de capitaux mobiliers de l'année. Elle peut être gagnante pour un foyer peu imposé.
- Votre abattement annuel n'est pas épuisé : il reste 600 € utilisables cette année. Il se reconstitue chaque année civile, ce qui rend le rachat fractionné souvent plus avantageux qu'un rachat unique.
Un rachat rembourse d'abord votre propre argent
Le fisc ne considère pas qu'un retrait pioche d'abord dans les gains. Il applique une règle de proportion, que le BOFiP écrit ainsi : le produit imposable vaut le montant du rachat, diminué du total des primes versées multiplié par le rapport du rachat à la valeur de rachat totale.
Concrètement : sur un contrat de 100 000 € dont 80 000 de primes, retirer 20 000 € ne fait ressortir que 4 000 € de produits. Les 16 000 € restants sont votre capital, et il vous revient sans impôt. C'est pourquoi le taux apparent d'un rachat est toujours très inférieur au taux réel sur les gains.
Huit ans changent trois choses à la fois
Avant huit ans, les produits supportent 12,8 % d'impôt sur le revenu, sans abattement ni taux réduit. À partir de huit ans révolus s'ouvrent l'abattement annuel de 4 600 € — 9 200 € pour un couple — et le taux réduit de 7,5 %. Sur un rachat conséquent, attendre quelques mois peut valoir plusieurs milliers d'euros.
L'abattement se reconstitue chaque année civile. Un rachat fractionné sur deux ou trois ans est donc souvent bien moins coûteux qu'un rachat unique — c'est le levier le plus simple, et le plus ignoré.
Le seuil de 150 000 € ne se juge pas contrat par contrat
Le taux réduit de 7,5 % ne s'applique qu'à une fraction des produits, dans le rapport entre ce qu'il reste sous 150 000 € et vos primes versées depuis le 27 septembre 2017. Or ce seuil s'apprécie sur l'ensemble de vos contrats, primes non remboursées au 31 décembre de l'année précédente. Raisonner sur le seul contrat racheté conduit à croire au taux réduit alors qu'on relève du taux plein.
Les primes versées avant le 27 septembre 2017 consomment ce seuil en premier. Un épargnant de longue date peut donc l'avoir épuisé sans jamais l'avoir su.
Ce que ce calcul ne fait pas
Il ne couvre que les primes versées à compter du 27 septembre 2017. Celles d'avant relèvent, sur option, de prélèvements libératoires à 35, 15 ou 7,5 % selon l'ancienneté du contrat — un régime distinct que mêler au précédent produirait un chiffre juste pour personne.
Il ne traite ni la fiscalité en cas de décès — art. 990 I et 757 B du CGI, qui obéissent à une logique entièrement différente —, ni les contrats de moins de quatre ans souscrits avant 1983, ni les cas d'exonération : licenciement, mise à la retraite anticipée, invalidité, liquidation judiciaire. Et l'option pour le barème reste ouverte — elle est globale, et notre page « flat tax ou barème » la chiffre.
Une précision utile : l'assurance-vie échappe à la hausse de CSG de la loi de financement pour 2026. Sa CSG reste à 9,2 % et le total des prélèvements sociaux à 17,2 %, contre 18,6 % pour les plus-values de cession de valeurs mobilières.
Sources
- BOI-RPPM-RCM-20-10-20-50 - Produits des bons ou contrats de capitalisation et d'assurance-vie — Bulletin officiel des finances publiques - DGFiP, état au 20 décembre 2019. Produit imposable d'un rachat partiel : montant du rachat partiel moins le total des primes versees multiplie par le rapport du montant du rachat a la valeur de rachat totale (paragraphe 80). Abattement de 4 600 EUR pour une personne seule ou 9 200 EUR pour un couple, opere annuellement sur le montant des revenus imposables des contrats d'au moins huit ans (paragraphes 230 et 240). Pour les primes versees a compter du 27 septembre 2017, le taux de 7,5 % s'applique a la fraction des produits multipliee par le rapport (150 000 EUR moins les primes anterieures au 27 septembre 2017) sur les primes versees depuis cette date ; la fraction non eligible demeure imposable a 12,8 %. Le seuil s'apprecie en tenant compte de l'ensemble des primes versees sur le contrat et tous autres contrats, non remboursees au 31 decembre de l'annee precedant le fait generateur. Les contrats de moins de huit ans relevent du taux de 12,8 %.
- BOI-RPPM-RCM-20-15 - Modalites d'imposition des revenus de capitaux mobiliers — Bulletin officiel des finances publiques - DGFiP, état au 21 juin 2021. Le taux forfaitaire d'imposition a l'impot sur le revenu des revenus de capitaux mobiliers est fixe par principe a 12,8 % (art. 200 A CGI). L'option pour le bareme progressif est exercee de maniere GLOBALE pour l'ensemble des revenus dans le champ de l'imposition forfaitaire ; elle est annuelle et irrevocable. Sur option, les dividendes sont pris en compte apres application de l'abattement de 40 % ; sous l'imposition forfaitaire, cet abattement ne s'applique pas, non plus que les depenses engagees pour l'acquisition ou la conservation des revenus.
- Brochure pratique impot sur le revenu 2026 - aide-memoire chiffre — Direction generale des finances publiques, état au 1 janvier 2026. Plafond annuel de la securite sociale : 41 136 EUR en 2022, 43 992 en 2023, 46 368 en 2024, 47 100 en 2025. Epargne-retraite, cotisations deductibles du revenu global : minimum 4 114 EUR et maximum 32 909 pour les revenus 2022 et 2023, 4 399 et 35 194 pour 2024, 4 637 et 37 094 pour 2025 - montants eventuellement majores du plafond non utilise au titre des annees precedentes (note 13).
- Brochure pratique impot sur le revenu 2026 - chapitre Principales nouveautes — Direction generale des finances publiques, état au 1 janvier 2026. Le taux de la CSG est porte de 9,2 % a 10,6 % sur les revenus du patrimoine et les produits de placement. Les revenus fonciers, les plus-values immobilieres, l'assurance-vie et l'epargne logement restent soumis au taux de 9,2 %. Le taux de CSG deductible reste a 6,8 %. La hausse s'applique a compter des revenus 2025 declares en 2026 pour les revenus du patrimoine, et a compter du 1.1.2026 pour les produits de placement. (LFSS 2026, art. 12 ; CSS, art. L. 136-8.)