L'impôt français sur votre salaire suisse
Un frontalier ne paie pas son impôt au même endroit selon le canton où il travaille. Dans huit cantons, la Suisse ne retient rien et la France impose tout. Dans les dix-huit autres, Genève en tête, la Suisse prélève à la source et la France annule son propre impôt par un crédit. Deux mécaniques opposées, pour un même travail.
Votre emploi en Suisse
Canton de l'accord de 1983 : votre salaire est imposable en France, et rien n'est retenu à la source en Suisse.
La troisième option applique l'annexe 2047-SUISSE poste par poste, en renvoyant aux lignes de votre Lohnausweis.
Le montant à porter sur votre déclaration, non le brut du contrat.
Votre foyer fiscal
Le concubinage n'est pas une imposition commune : chacun déclare séparément.
Une demi-part pour chacun des deux premiers, une part entière à partir du troisième.
Le salaire de votre conjoint, par exemple. La déduction de 10 % lui est appliquée séparément.
Revenus fonciers, pensions et autres, déjà nets de frais.
Le détail du calcul
| Revenu net imposable du foyerSalaires diminués de la déduction de 10 % (6 000 EUR) | 54 000 EUR |
| Quotient familial — 1 part(s)Revenu par part : 54 000 EUR | — |
| Impôt issu du barèmeBarème progressif appliqué au revenu par part, multiplié par 1 | 9 304 EUR |
| Plafonnement non atteintAvantage de 0 EUR pour un plafond de 0 EUR | 9 304 EUR |
| Décote non applicableL'impôt dépasse le seuil au-delà duquel la décote s'annule | — |
| Impôt dûAprès arrondi à l'euro le plus proche | 9 304 EUR |
- Le montant à saisir est le salaire imposable tel qu'il doit figurer sur votre déclaration, et non le brut du contrat. La détermination de ce montant à partir du certificat de salaire suisse — notamment la déduction des cotisations sociales suisses obligatoires — obéit à ses propres règles, que ce calcul n'établit pas.
- Pour un salaire suisse, la conversion se fait au taux annuel unique imprimé sur l'annexe 2047-SUISSE — 1,07 pour les revenus de 2025 — et non au cours du jour de l'encaissement, qui n'est la règle que pour les autres revenus de source étrangère.
- Ce calcul ne couvre ni les demi-parts d'invalidité ou d'ancien combattant, ni la résidence alternée, ni l'abattement des personnes de plus de 65 ans, ni les réductions et crédits d'impôt, ni les prélèvements sociaux.
- Ce canton est partie à l'accord du 11 avril 1983 : votre salaire n'est pas imposé à la source en Suisse. Il se déclare lignes 1AG à 1DG, avec une 2047-Suisse et votre certificat de salaire suisse.
La ligne de partage : l'accord du 11 avril 1983
Huit cantons y sont parties : Berne, Soleure, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Vaud, Valais, Neuchâtel et le Jura. Pour un résident de France qui y travaille, le salaire est imposable dans l'État de résidence. L'employeur suisse ne retient donc aucun impôt, et le salaire se déclare lignes 1AG à 1DG, accompagné d'une déclaration 2047-Suisse et du certificat de salaire suisse — le Lohnausweis.
Tous les autres cantons, « notamment le canton de Genève » selon les termes de la brochure officielle, n'ont pas adhéré. Le salaire y est imposé à la source en Suisse, puis déclaré en France lignes 1AF à 1DF, où il ouvre droit à un crédit d'impôt égal à l'impôt français. Le résultat net est l'absence d'impôt français sur ce salaire — à condition qu'il ait effectivement été soumis à l'impôt en Suisse.
Exonéré ne veut pas dire sans effet
Le crédit d'impôt annule l'impôt qui frappait le salaire suisse. Il ne le retire pas du revenu imposable pour autant : ce salaire fait monter le taux appliqué à tout le reste. Un couple dont l'un travaille à Genève et l'autre en France paiera donc, sur le seul salaire français, davantage qu'un couple gagnant la même chose en France sans revenu suisse.
Et ce crédit n'est ni reportable ni restituable : s'il dépasse l'impôt dû, l'excédent est perdu.
Dans les huit cantons, rien n'est prélevé — et c'est un piège
Un frontalier vaudois ou jurassien touche un salaire sur lequel aucun impôt n'a été retenu, ni en Suisse ni à la source. L'impôt français arrive ensuite. Le montant paraît alors considérable, parce qu'il n'a jamais été lissé sur les fiches de paie : c'est la première mauvaise surprise des nouveaux frontaliers, et elle se provisionne.
Le quotient familial, et le plafond qui le rattrape
Le barème s'applique au revenu divisé par le nombre de parts, puis le résultat est multiplié par ce même nombre. Les deux premiers enfants valent une demi-part chacun, le troisième et les suivants une part entière — la progression n'est pas linéaire, et c'est voulu.
Mais l'avantage qui en résulte est plafonné à 1 807 € par demi-part supplémentaire. Au-delà d'un certain revenu, un enfant de plus ne réduit l'impôt que de ce plafond, quelle que soit la tranche atteinte. Une personne qui élève seule ses enfants bénéficie d'une demi-part de plus, dont l'avantage relève d'un plafond distinct de 4 262 € pour les deux premières demi-parts.
Du certificat de salaire suisse au montant à déclarer
C'est l'étape que tout le monde redoute, et l'administration lui consacre un formulaire entier : l'annexe 2047-SUISSE, « un feuillet par canton et par frontalier ». Elle procède en quatre blocs et renvoie, poste par poste, aux numéros de ligne de votre Lohnausweis. Le calculateur ci-dessus la transcrit : choisissez « Je pars de mon certificat de salaire suisse ».
Trois pièges y sont tapis. Les allocations pour frais de la ligne 13 s'ajoutent au brut, malgré leur nom. Les allocations familiales cantonales de la ligne 15 s'en retirent, mais seulement dans la limite du montant cantonal. Et la cotisation maladie française des frontaliers — celle que vous versez à l'Urssaf — ne se déduit pas du salaire : elle se porte à la ligne 6DD de la 2042-C, où elle s'impute sur le revenu global. La porter au mauvais endroit fausse le revenu catégoriel sans qu'aucun contrôle ne le signale.
Se déduisent en revanche du salaire lui-même : les cotisations AVS, AI, APG, AC et AANP de la ligne 9, la prévoyance professionnelle obligatoire de la ligne 10.1, la LAMal de base, et le rachat de deuxième pilier pour sa seule part légalement obligatoire, dans la limite de douze trimestres.
Un taux de conversion annuel, fixé par l'administration
Deux règles coexistent, et l'on prend souvent la mauvaise. La brochure pratique pose la règle générale des revenus de source étrangère : conversion au cours du jour de l'encaissement. Mais pour les salaires suisses, l'annexe 2047-SUISSE fixe elle-même un taux annuel unique, imprimé sur le formulaire — 1,07 franc pour un euro pour les revenus de 2025.
C'est ce taux-là qui s'applique à votre salaire. Il change chaque année : vérifiez-le sur le formulaire du millésime concerné, le calculateur le laisse modifiable.
Ce que ce calcul fait, et ce qu'il ne fait pas
Il applique le barème 2026 sur les revenus de 2025, le quotient familial, son plafonnement, la décote, l'arrondi à l'euro et le seuil de mise en recouvrement de 61 €. La DGFiP publiant le barème sous deux formes — un tableau de tranches et une formule rapide — l'implémentation est vérifiée contre les deux, sur plus de quinze mille points. Le tableau officiel des revenus à partir desquels le plafonnement s'applique sert de troisième recoupement, indépendant.
Il détermine le montant imposable à partir de votre certificat de salaire suisse, en transcrivant l'annexe 2047-SUISSE. Une limite subsiste : le plafond du rachat de deuxième pilier — douze trimestres évalués au barème de la CNAV — n'est pas calculé, faute d'un barème français que ce site ne porte pas encore. Le montant que vous saisissez à ce poste doit donc déjà être plafonné.
Il ne traite ni les demi-parts d'invalidité ou d'ancien combattant, ni la résidence alternée, ni l'abattement des plus de 65 ans, ni les réductions et crédits d'impôt, ni les prélèvements sociaux — dont le régime dépend, pour un frontalier, de son affiliation à l'assurance maladie.
Sources
- Brochure pratique impôt sur le revenu 2026 — chapitre « Calcul de l'impôt » et aide-mémoire — Direction générale des finances publiques, état au 1 janvier 2026. Barème 2026 applicable aux revenus de 2025 : 0 % jusqu'à 11 600 €, 11 % jusqu'à 29 579 €, 30 % jusqu'à 84 577 €, 41 % jusqu'à 181 917 €, 45 % au-delà. Le même document donne la formule rapide équivalente (R × 0,30 − 6 896,01 × N, etc.), ce qui permet de vérifier l'implémentation contre deux expressions officielles de la même loi. Plafonnement du quotient familial : 1 807 € par demi-part excédentaire, 4 262 € pour les deux premières demi-parts d'un parent isolé, 1 801 € et 2 011 € pour les majorations d'invalidité et de veuvage. Décote : 897 € pour une personne seule, 1 483 € pour un couple, diminuée de 45,25 % de l'impôt. Nombre de parts (tableau 1). Tableau des revenus à partir desquels le plafonnement s'applique (tableau 4). Arrondi à l'euro le plus proche et seuil de mise en recouvrement de 61 €.
- Brochure pratique impôt sur le revenu 2026 — chapitre « Traitements et salaires » — Direction générale des finances publiques, état au 1 janvier 2026. Déduction forfaitaire de 10 % pour frais professionnels : minimum 509 €, maximum 14 555 €, par membre du foyer fiscal. Lorsque la rémunération est inférieure au minimum, la déduction est limitée au montant de la rémunération.
- Brochure pratique impôt sur le revenu 2026 — chapitre « Revenus de source étrangère » — Direction générale des finances publiques, état au 1 janvier 2026. Les frontaliers exerçant dans l'un des huit cantons parties à l'accord du 11 avril 1983 — Berne, Soleure, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Vaud, Valais, Neuchâtel, Jura — voient leur salaire imposable dans l'État de résidence : ils le déclarent lignes 1AG à 1DG et joignent une 2047-Suisse ainsi que leur certificat de salaire suisse. Les autres cantons, « notamment le canton de Genève », n'ont pas adhéré à l'accord : les rémunérations y sont imposables en Suisse puis en France, où elles ouvrent droit à un crédit d'impôt égal à l'impôt français, déclaration lignes 1AF à 1DF. Les revenus encaissés hors zone euro se convertissent au cours de l'euro à la date de l'encaissement.
- Annexe n° 2047-SUISSE — Revenus de 2025 (salaires suisses), et sa notice d'aide au calcul du salaire net imposable — Direction générale des finances publiques, état au 1 janvier 2026. Détermination du salaire net imposable en France à partir du certificat de salaire suisse, par renvoi aux numéros de ligne du Lohnausweis. Bloc A, revenu brut : salaire brut total (ligne 8), autres prestations accessoires (14) et allocations pour frais (13) s'ajoutent ; rentes d'invalidité et d'accident s'ajoutent ; allocations familiales cantonales (15) et tantièmes de conseil d'administration (6) se retirent. Bloc B, charges : cotisations AVS-AI-APG-AC-AANP (9), prévoyance professionnelle obligatoire (10.1), rachat de deuxième pilier pour sa part légalement obligatoire dans la limite de douze trimestres au barème CNAV (10.2), et LAMal de base. Bloc C : A moins B. Bloc D : « revenu converti en euros (ligne C × taux de change de 1,07) » — l'administration fixe donc un taux annuel unique pour les salaires suisses. La cotisation maladie française des frontaliers (CNTFS/Urssaf) ne se déduit pas du salaire mais du revenu global, ligne 6DD de la 2042-C. Un feuillet par canton et par frontalier. Notice : trois cas déclaratifs. CAS 1, les huit cantons de l'accord du 11 avril 1983 avec attestation 2041-AS ou 2041-ASK, lignes 1AG à 1DG ; la qualité de frontalier suppose un retour quasi quotidien, soit au maximum 45 nuitées en Suisse par an à temps plein (art. 3 de l'accord). CAS 2, salaires soumis au barème normal de l'impôt à la source suisse, dont Genève, lignes 1AF à 1DF et ligne 8TK pour le crédit d'impôt égal à l'impôt français. CAS 3, salaires exonérés d'impôt par la Suisse, lignes 1AG à 1DG et aucun crédit d'impôt.
- Barèmes de l'impôt à la source pour l'importation dans les systèmes de comptabilité salariale — archive fédérale tar2026txt.zip — Administration fédérale des contributions, état au 1 janvier 2026. Barèmes 2026 des vingt-six cantons, un fichier par canton, au format ASCII destiné aux logiciels de paie. C'est de cette archive qu'est dérivée la table servie par le calculateur. Le fichier genevois qu'elle contient est identique, octet pour octet, à celui publié séparément par l'AFC-GE.